La friterie est une longue camionnette aménagée en resto mobile. Congélo, four, friteuse, vitrine, auvent, cinq chaises en plastique, deux tables.
Il fait un froid de canard mais ça ne décourage pas les clients. La queue est longue pour prétendre à ingurgiter des sandwiches gros, lourds gras. Mayo, ketchup, sauce samouraï. Avec ou sans frites? Va pour les frites.
On peut choisir de fourrer la demie baguette avec des steaks hachés, de la viande en sauce, du poulet en sauce.
J’attends vingt bonnes minutes avant que vienne mon tour.
Un grand gars à bonne bouille s’active au fourneau, une jolie petite nana châtain clair au sourire lumineux s’agite en caisse.
J’attends encore dix minutes pour que mon sandwiche me soit donné.
Pas cher. Six euros et des poussières pour mon sandwich poulet sauce samouraï, mes frites, mon coca, mon brownie. Vu ce que je gagne ça ira bien.
Je franchis la queue qui s’est encore étendue.
Une queue de bouffe populaire.
On gouaille, on se bouscule, relents de graisse mécanique, costards étriqués, employés déjà un peu bourrés, secrétaires à la cinquantaine s’habillant en midinettes.
Je me surprends a éprouver de la tendresse pour tous ces gens. Sans trop savoir pourquoi.
Va savoir!
Ils ont tous quelque chose de sincère dans leur jeu de dupes.
Une forme de pureté dans cette humanité. Y’a du Villon là-dedans.
Entre nous, povres vielles sotes,
Assises bas, à crouppetons,
Tout en ung tas comme pelotes,
A petit feu de chenevotes
Tost allumées, tost estaintes;
Et jadis fusmes si mignotes ! …
Ça change.
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