Dans le rôle du responsable de l’édition, un gars doué d’une certaine classe, qui a longtemps bossé en Australie.
Ouais, de la classe. Élégant, aussi.
Pas de la classe de bazar.
De la classe génétique.
Je confirmerai cette impression plus tard.
Il dirige les magazines. Très pro, il les a hissés pour la plupart au top des ventes.
Pas très grand, chauve, presque imberbe.
C’est le seul hic.
J’ai une défiance instinctive pour les mecs sans poil.
Je trouve ça suspect.
Toujours est-il que je me demande ce qu’il peut bien foutre là après avoir bossé pour des magazines haut de gamme à Sydney.
Un égaré sans doute, un échoué sur les rives du porno. Et on s’englue vite sur ce genre de rives. Un peu comme des oiseaux dans le pétrole.
Tiens, le créa en chef du studio.
Même combat.
Plus quelconque physiquement, mais avec ce même regard de mouette engluée.
Presque déjà mort.
Ça fout la trouille.
Je ressens déjà l’urgence de me tirer de là fissa fissa.
Le chef de studio s’occupe des catalogues. Catalogues de vidéo, de gadgets, de lingerie.
Il se débat pour éjecter un peu d’élégance dans ses productions, mais visiblement, la “boite” le plaque au sol à chaque fois. En fait de “boîte”, je vais découvrir que c’est Penn qui règne en seigneur de la création, sous prétexte que depuis les années soixante-dix, il détient les clés du marketing du cul.
Passons au reste de l’équipe.
les maquettistes.
Plutôt jeunes, plutôt sympas.
Une première expérience pour l’essentiel d’entre eux.
Un salaire de merde aussi.
Mais ils alignent les sexes, les culs, retouchent gueules et poitrines avec un talent certain en attendant de trouver mieux. Mieux, dans ce contexte c’est autre chose, le porno en moins.
Des mouettes engluées encore. Mais de jeunes mouettes.
En les voyant j’ai un flash. Je les vois dans dix, vingt, trente ans, toujours en train d’aligner des culs, en rêvant d’un “mieux” de moins en moins probable, l’oeil râpé au commerce de fantasme à deux balles.
Pire encore que des chefs de rayon quinqua chez Leclerc.
Quand je vais manger, tout seul à la sandwicherie du coin, j’ai l’image persistante d’un vaste naufrage, avec des types las, usés, sur une plage noire, qui scrutent l’horizon en attendant un impossible cargo.
C’est dans ce paysage que je vais bosser.
Pour tout dire, j’éprouve autant d’excitation que de répulsion pour le sordide.
06
mai
08
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