Me voilà lancé dans le vaste bureau des maquettistes.
“ici c’est la presse, ici le marketing direct (comprendre les catalogues), ici la vidéo, ici les maquettistes divers.
- d’hiver?
- oui, divers
- et l’été, ils font quoi?
- non, DI-VERS.
Foie jaune qui me fait les présentations n’a pas mon humour à deux balles. J’apprendrai bientôt qu’il n’a pas d’humour du tout. Rien, que dalle.
Une assistante trie les courriers des lecteurs. C’est Corinne. Sur son bureau, des lettres aux écritures maladroites, des photos de mecs et de femmes à poil. Parfois les deux côte à côte. parfois l’un sur l’autre. Parfois les deux en un : mec ou nana, ça ne reste pas vraiment déterminé.
Corinne a la quarantaine bien tassée, mais détient une élégance, une sorte de fraîcheur, qui me la rend sympathique. C’est de l’empathie de galère commune. Tous sur le radeau de la méduse du cul, on se doit d’être un peu solidaire.
Je discute un peu avec elle.
Elle m’explique son boulot : trier, classer, vérifier, publier. Elle me sort l’exemple d’un travelo de soixante dix ans et quelques, maquillé comme un monsieur loyal, des collants résilles, la queue en berne.
Face à mon air déconfit, elle s’excuse presque en me disant que c’était le premier courrier qu’elle avait sur son bureau.
Il n’y a pas que ça bien sûr.
Il y a des femmes aussi qui veulent passer des annonces sur Xworld Mag.
“Mais ça consiste en quoi ce magazine exactement?
C’est le leader du marché de la petite annonce de rencontre. Des hommes, des couples des femmes publient depuis plus de dix ans parfois. Et puis il n’y a pas que Xworld Mag. Il y a aussi Xworld gay, Xworld Travestis, Xworld couples… Elle m’énonce une vingtaine de magazines du même jus.
Voici les ancêtres trash de Meetic. Je me fais l’effet d’être un paléontologue des fantasmes et de la zigounette.
“Mais attends, c’est bidon. Ce sont des fausses annonces…
- Absolument pas. On se pose tous la question au départ, mais non. Ce sont des vrais. Des vrais de vrais.
Foie jaune s’impatiente.
Il veut me présenter au reste de l’équipe.
J’arrive, j’arrive…
Le sordide. Le glauque.Et encore j’imagine que ce n’est qu’un début; J’admire ces “travailleurs” du porno. Je les admire car ils ont cette capacité à regarder ,à faire avec un détachement que je serais incapable d’avoir. Meme avec une touche d’humour ,je ne souris pas,pas du tout. L’impression d’etre salie, et de savoir l’existence vivante de de ces photos de perversité me donnent la nausée. Oui, je sais ,il faut etre blindée, sourire de ces etres qui finalement s’amusent sans doute. allez ,un peu de légèreté dans l’ultrasubjectivité. Reportage dans les bas fonds de la perversité,le style est pertinent,à suivre.