“Vous voulez bien me suivre?”
Un peu que je veux bien. Du moment qu’il s’agit de bosser, je le suivrais en enfer.
Penn est un type à qui l’on donnerait la cinquantaine mais qui, je l’apprendrai plus tard, vire plutôt sur les soixante bien sonnés.
Visage lisse, plastifié, pâle, glabre.
Pas très grand, même s’il tente de compenser sa taille par des santiags à talons hauts.
Mince, presque fluet.
Jean moulant, chemise en jean brodées d’une grande guitare électrique dans le dos.
Un goût d’un autre âge, un style presque de musée des années soixante-dix.
Je ne peux pas dire que ce soit moche, c’est tout simplement hors d’âge. J’aurais tout autant de mal à me prononcer sur les fraises d’Henri IV ou les délires des Incroyables.
Spécial en tout cas.
Tout comme son bureau de cent mètres carrés, orné d’un mauvais dessin maronnasse de fille à poil sur tout un pan de mur.
Sur la table de réunion, un marbre de huit mètres de long s’entassent trophées et échantillons.
Filles lascives en bronze, bites d’argent, seins d’acier, boites de capotes, godes et vibros high-tech ou réalistes.
Je ne pourrai pas dire que je n’avais pas été prévenu.
Le type m’entreprend sur Xworld. Plusieurs dizaine de millions de chiffre d’affaire, dans l’Europe entière, des boutiques, une activité de grossistes, de la vente par correspondance, de la production et de la distribution de films.
Énorme.
Une vraie fortune construire en moins de vingt ans.
Penn est courtois, posé, réfléchi.
Pas un excité à l’italienne comme on peut voir dans les films de cul.
Non.
Hors sa chemise et ses santiags, il me ferait presque bonne impression.
Il continue de parler.
Je n’écoute qu’un mot sur deux, trop distrait par l’étalage d’objets sexuels sur son bureau.
En particulier la maquette d’une revue transsexuelle.
Des types à gros seins siliconés, des femmes douées d’organes minuscules ou monstrueux.
Drôle de sensation d’avoir été téléporté dans une autre dimension. Une dimension dans laquelle s’enlacent le fric et le sexe, dans un baiser passionné.
“Le soucis est que je recherche une femme pour ce poste”.
Merde!
“Je vais quand même vous demander de remplir une fiche, que je fais remplir à tous les postulants.”
Va pour la fiche.
Aussi étrange soit-elle.
23
avr
08
Reveille la femme qui est en toi !!!
1er commentaire semble-t-il…
Je vais juste avouer mon excitation (!) à découvrir les prochains billets sur cette immersion dans l’étrange.
Milieu rebutant, que j’ignore ,dont je ne veux pas entendre parler , qui me donne la nausée… et pourtant je suis cet homme en m’”enturbannant”, pour protéger une hyper sensibilité…j’ai lu tout doucement et lentement ,pour pouvoir tout arréter en cas de dégout…ou manque de courage…et je suis allée jusqu’au bout. La question: le héros de cette aventure a- t- il ou aura t il à cetains moments des envies de vomir, de fuir cette sordidité…?
Suivre en enfer ce type parce qu’il est susceptible d’offrir du boulot….je comprends ,mais pourquoi ce job? n’y a t il pas d’autres boulots?
Est ce de la naiveté que de se dire que cet homme n’arrive pas par hasard ds ce milieu? La question du choix est elle envisageable?